Les Éditions du Sagittaire

Histoire d'une maison mythique (1919-1979) : de la librairie de Simon Kra au berceau éditorial du surréalisme

Maison disparue. Les Éditions du Sagittaire ont cessé leur activité en 1979 : elles n'existent plus et n'acceptent donc aucun envoi de manuscrit. Cette page est une fiche d'histoire littéraire. Si vous cherchez un éditeur en activité, consultez notre comparatif des maisons d'édition.

Les Éditions du Sagittaire : histoire

Le Sagittaire est une maison d'édition française fondée à Paris en 1919 et disparue en 1979. Pour une partie de son catalogue, elle est aussi référencée sous les noms d'Éditions Simon Kra, Éditions S. Kra ou simplement Kra, du nom de son fondateur.

La maison naît au 6 rue Blanche, dans le IXe arrondissement, d'une librairie créée par Simon Kra — ancien secrétaire de la famille Rothschild, libraire dès 1903 — en association avec son fils Lucien et ses sœurs Hélène et Suzanne. Son objet premier était la publication de volumes illustrés à tirage limité. Le tout premier titre fut Les Flirts du mâle de l'humoriste Lucien Boyer, avant que la maison ne s'oriente vers une édition plus classique et très soignée.

La direction littéraire fut d'abord confiée à André Malraux (1921-1923), rejoint deux ans plus tard par Philippe Soupault — recruté par André Germain — et Léon Pierre-Quint, déjà auteur maison et ami des filles Kra. C'est sous leur impulsion que Le Sagittaire devint l'une des maisons emblématiques de l'avant-garde littéraire des années 1920.

Sources : Wikipédia, IMEC, fonds Kra/Le Sagittaire ; ouvrage de référence : F. Laurent & B. Mousli, Les Éditions du Sagittaire, 1919-1979, IMEC, 2003 (ISBN 978-2-908295-59-7).

Frise chronologique — Le Sagittaire de 1919 à 1979

Sources : Wikipédia, IMEC, fonds Kra/Le Sagittaire.

Le rôle du Sagittaire dans le surréalisme

Tout en publiant des auteurs « fin de siècle », Le Sagittaire devint la maison d'édition des surréalistes, avec André Breton pour auteur régulier. Son fait d'armes : la première édition du Manifeste du surréalisme (suivi de Poisson soluble), parue chez Simon Kra en 1924 — le texte fondateur du mouvement.

La maison hébergea aussi La Revue européenne (lancée par André Germain, conservée par Kra jusqu'en 1927) et sa collection homonyme. C'est dans la collection « Les Cahiers nouveaux » que parut La Liberté ou l'amour ! de Robert Desnos, ouvrage qui valut à l'éditeur un procès pour outrage aux bonnes mœurs. Plus tard, Le Sagittaire publia l'Anthologie de l'humour noir de Breton — que Pierre-Quint était allé récupérer chez Robert Denoël — dont le gouvernement de Vichy interdit la diffusion.

Au-delà du surréalisme, la maison se distingua par ses traductions : la « Collection de la Revue européenne » accueillit ainsi, en 1926, l'une des premières traductions françaises de Gatsby le Magnifique de F. Scott Fitzgerald (par Victor Llona), et « Les Cahiers nouveaux » publièrent Le Prophète de Khalil Gibran ou La Mort à Venise de Thomas Mann.

Sources : Wikipédia, IMEC, fonds Kra/Le Sagittaire.

Le saviez-vous ?

Le catalogue du « premier Sagittaire » (1919-1951) compte un peu plus de 410 titres. Plusieurs sont aujourd'hui considérés comme des jalons de la littérature du XXe siècle.

Quelques titres emblématiques (attributions vérifiées)

André Breton — Manifeste du surréalisme (1924)

Texte fondateur du surréalisme, publié dans son édition originale « aux éditions du Sagittaire — chez Simon Kra », accompagné de Poisson soluble.

Robert Desnos — La Liberté ou l'amour !

Publié dans « Les Cahiers nouveaux ». L'ouvrage valut à l'éditeur un procès pour outrage aux bonnes mœurs, illustrant l'audace de la ligne surréaliste.

F. Scott Fitzgerald — Gatsby le Magnifique (1926)

Traduction française par Victor Llona, parue dans la « Collection de la Revue européenne » (no 26) — l'une des premières versions françaises du roman américain.

André Breton — Arcane 17 (1947)

L'un des quatre titres de Breton publiés lors de la relance parisienne d'après-guerre, sous la présidence de Léon Pierre-Quint.

Déclin, guerre et disparition

La trajectoire du Sagittaire est aussi celle des grandes crises du XXe siècle. Dès l'été 1931, la crise économique rattrape l'édition française : la maison doit revendre une partie de son fonds, céder son immeuble et licencier. En 1933, les Kra démissionnent ; Léon Pierre-Quint suit l'année suivante tout en restant directeur littéraire, tandis qu'une réorganisation évite la liquidation.

Pendant les premières années de la Seconde Guerre mondiale, Le Sagittaire se réfugie à Marseille, hébergé par la revue Les Cahiers du Sud. Gabrielle Friedrich, bras droit de Pierre-Quint depuis 1923, prend la tête de l'entreprise avant d'entrer dans la clandestinité. Sous l'œil de la censure de Vichy, moins de vingt titres paraissent. La famille Kra paya un lourd tribut : Lucien Kra mourut en déportation à Auschwitz en 1944.

Après une relance parisienne (1944-1951), les difficultés financières reprennent : en 1947, la crise du livre et la rupture du contrat de diffusion par les Messageries Hachette menacent la maison de liquidation. Pierre-Quint se rapproche alors des Éditions de Minuit de Jérôme Lindon (1951), qui apurent les dettes, puis la marque passe au Club français du livre (1954). Enfin, Grasset-Fasquelle, dernier propriétaire, tente une relance (1975) avant la disparition définitive en mars 1979.

Sources : Wikipédia, IMEC, fonds Kra/Le Sagittaire.

L'héritage des Éditions du Sagittaire

Berceau du surréalisme

En publiant le Manifeste du surréalisme (1924) et des auteurs comme Breton et Desnos, la maison a accompagné la naissance d'un mouvement majeur.

Passeur de littératures

Ses collections firent découvrir au public français des auteurs étrangers (Fitzgerald, Thomas Mann, Gibran, Pirandello, Unamuno).

Un catalogue de référence

Plus de 410 titres pour le seul « premier Sagittaire », dont plusieurs sont aujourd'hui des classiques étudiés et recherchés des bibliophiles.

École d'éditeurs

Malraux, Soupault et Pierre-Quint y ont forgé une exigence éditoriale ; la relance de 1975 réunit une nouvelle génération (Guégan, Sorin, Cohen).

Mémoire conservée

Les archives « Kra/Le Sagittaire » sont conservées et consultables à l'IMEC, garantissant la transmission de cette histoire.

Une marque transmise

Minuit, le Club français du livre puis Grasset-Fasquelle ont successivement porté l'enseigne, signe de sa valeur symbolique.

Sources : Wikipédia, IMEC, fonds Kra/Le Sagittaire.

Que reste-t-il aujourd'hui des Éditions du Sagittaire ?

La maison n'existe plus : il n'est donc pas possible de lui soumettre un manuscrit. Ce qui subsiste, c'est une mémoire littéraire et un patrimoine documentaire. Les archives Kra/Le Sagittaire sont conservées à l'Institut Mémoires de l'édition contemporaine (IMEC), où chercheurs et étudiants peuvent les consulter.

Les ouvrages originaux — en particulier les éditions surréalistes et les tirages illustrés numérotés — circulent aujourd'hui sur le marché du livre ancien et de la bibliophilie. L'histoire complète de la maison a fait l'objet d'un ouvrage de référence, Les Éditions du Sagittaire, 1919-1979 de François Laurent et Béatrice Mousli (IMEC, 2003).

Pour les auteurs d'aujourd'hui en quête d'un éditeur en activité, mieux vaut se tourner vers les maisons contemporaines : notre comparatif des maisons d'édition aide à choisir selon votre genre et votre projet.

Sources : IMEC, fonds Kra/Le Sagittaire ; F. Laurent & B. Mousli, Les Éditions du Sagittaire, 1919-1979, IMEC, 2003 (ISBN 978-2-908295-59-7).

Important

Les Éditions du Sagittaire n'acceptent aucun manuscrit : la maison a disparu en 1979. Toute offre prétendant publier « au Sagittaire » aujourd'hui doit être considérée avec la plus grande prudence.

Questions fréquentes sur les Éditions du Sagittaire

Non. La maison, fondée en 1919, a disparu définitivement en mars 1979. Elle n'a plus d'activité éditoriale et n'accepte donc aucun envoi de manuscrit.

La maison a été créée en 1919 par Simon Kra, libraire installé au 6 rue Blanche à Paris, en association avec son fils Lucien et ses sœurs Hélène et Suzanne. Pour une partie de ses ouvrages, elle est aussi citée comme « Éditions Simon Kra » ou « Kra ».

Parce qu'il publia la première édition du Manifeste du surréalisme d'André Breton en 1924, et qu'il édita régulièrement des auteurs du mouvement, dont Robert Desnos (La Liberté ou l'amour !, dans la collection « Les Cahiers nouveaux »).

Une succession de crises : la crise économique de 1931, les difficultés et la censure pendant la Seconde Guerre mondiale, puis la crise du livre de 1947. La marque fut ensuite rachetée par les Éditions de Minuit (1951), le Club français du livre (1954) et Grasset-Fasquelle, avant une dernière relance (1975) et la disparition en 1979.

Les archives « Kra/Le Sagittaire » sont conservées à l'Institut Mémoires de l'édition contemporaine (IMEC) et consultables par les chercheurs. L'histoire de la maison a aussi été documentée dans l'ouvrage de référence de François Laurent et Béatrice Mousli (IMEC, 2003).

Non, la maison n'existe plus depuis 1979. Si vous cherchez un éditeur en activité, consultez notre comparatif des maisons d'édition pour cibler une structure adaptée à votre genre et à votre projet.

Pour aller plus loin

Comparatif des maisons

Le Sagittaire a disparu : trouvez un éditeur en activité adapté à votre projet.

Voir le comparatif

Avis Éditions Grasset

Grasset-Fasquelle, dernier propriétaire du Sagittaire : ligne éditoriale et envoi de manuscrit.

Lire l'avis

Avis Éditions de Minuit

Maison qui racheta le Sagittaire en 1951 : histoire et procédure d'envoi de manuscrit.

Lire l'avis